Ceci est un grand fourre-tout

Flamboyant

Décembre est à ma porte. Le rouge des letchis mûrs se mariera à celui des fleurs de flamboyant et les températures monteront jusqu’à des nombres vertigineux qui inspireront sensualité et passion aux réunionnais. Les femmes seront belles dans leur tenus légères aux couleurs chatoyantes, les hommes exhiberont leur musculature sous des marcels moulants ou torses nus, et l’univers suivra son cours : de nombreux bébés naîtront en août et en septembre.
Décembre est à ma porte. Le volcan menace d’entrer en éruption et de déverser ses torrents de lave sanguine, dégoulinants jusqu’à épouser l’eau salée de l’océan dans des nuages de fumées ardentes. Il fera plus chaud encore. Les vêtements tomberont.
Décembre est à ma porte. Demain j’irai sacrifié un épicéa, je le porterai à ma grand-mère et nous le parerons de boules et de guirlandes rouges et blanches pour célébrer le premier Noël de ma cousine.
Rouges seront les habits de fêtes.
Rouges seront les pommettes des jeunes nymphettes.
Alors que j’ouvre les yeux sur toutes les nuances flamboyantes qui m’entourent, je retrouve un instant l’éclat vermeil des jours passés.
Dans le coucher du soleil qui embrase la côte...
Dans l’aura des lanternes qui guident mes pas le soir...
Dans la chaleur suffocante des grands feux de joie autour desquels je danse d’ivresse...
Dans la beauté funeste de la rose qui repose à mon côté...
Je te retrouve!
Je sens à nouveau, glisser entre mes doigts les flammes de ta chevelure.
Je redécouvre contre ma peau l’âpreté de la jungle de ton menton.
Je revois les flammes qui dansaient dans ton regard plongé dans le mien, et le paradis qui s’offrait à moi.
Je me remémore la douceur de tes lèvres cerises, et les bons moment au royaume où nous étions Adam et Éve.

Mais dans mon coeur de glace je revois l’assassin de cet Eden…